VAKATRI…

Publié le par Zegou Seli

                                   VAKATRI…

La semaine qui s’achève a commencé par la Journée Internationale de la Langue Maternelle. La Golfie, vous le savez certainement, est un pays où l’on parle, outre le golfien, le malinké appelé dioula par certains ignorants et bien-sûr, le nouchi. La célébration de cette fête des langues a pris une tournure particulièrement virulente puisque la fermeture des banques aidant, ils sont nombreux ceux qui ont arrosé notre ADOrable président d’injures aussi fleuries qu’hétéroclites.

Du rare VAKATRI, au classique GNANMOGODENI, en passant par le tranchant BEKPOTI SAKPO,  la volée de  quolibets a détonné et résonné de l’ire des clients cocus et de l’exaspération des cacaoculteurs ulcérés.

 Français langue cruelle qui nous fait cruellement défaut quand nous devons dire nos quatre vérités. La semaine en Eburnie aura laissé le souvenir pathétique de vénérables magnats du cacao comme Bléhoué Aka  ou Sansan Koua en train de bégayer pour trouver l’expression ou le mot juste pour hurler leur soif de souveraineté ou leurs désirs d’avenir sans le Voleur de Cacao ou sans ADO tout simplement. Ta maman !

Mais c’est tellement plus beau surtout quand c’est une injure, de le dire avec justement la langue de sa maman, la langue maternelle. Dans l’espace familier des sons, des images et des expressions assassines, l’on peut choisir sa dague, doser son venin, lâcher son dard et étrangler celui qui veut nous étrangler. Ta mère…

C’est parce que c’est toujours mieux dit dans la langue de sa mère que, dans un dernier effort d’ajustement de son RPG, le sympathique escogriffe de la célèbre vidéo, alors qu’il s’apprête à tirer vers la pancarte ou sur la pancarte, précise à son frère d’armes : «  A ya djigui doni ! »

Les communications des unités FAF-HAINE se font dans cette langue-là et malheur aux rebelles qui ne la parleraient pas. Est-ce qu’il en existe ? Hélas, les Forces Nouvaises  n’ont jamais réussi à être autre chose qu’un bric- à- brac   tribaliste et mafieux.  

  Nous avons pu assister cette semaine à la cérémonie que les Eburniens ont organisée pour célébrer cette journée UNESCO. Ils sont fous, ces Eburniens ! Alors qu’on les croit aux abois et contraints à subir les diktats  de l’ADOnésie-autre nom de la Golfie. Ils se retrouvent et parlent de résistance et d’un meilleur demain. C’est vraiment le cas de s’incliner, comme le conseille le proverbe, devant les qualités de sprinteur du lièvre qu’on  hait. Chapeau bas, lièvres d’Eburnie. Surtout Simone. La Première Dame à qui Mamie Watta fait concurrence. Notre Première Dame de Golfie est française et notre langue maternelle risque de rester le français ou peut-être le golfien.  

En effet, c’est une langue en voie d’apparition dans laquelle les mots ont la même forme qu’en français mais la différence  se trouve au niveau de la signification.  Ainsi en golfien, notre langue maternelle, une marche pacifique doit produire tous les éléments d’une activité pacifique : sang, blessés, morts.

C’est d’ailleurs un accueil pacifique que nous avons réservé à Zuma et la presse bleue  n’a pas hésité à ruer dans les brancards pour dire que nous voulions…le nationaliser. Bref, la nationalisation n’a pas vraiment réussi mais ce n’est  que partie remise. De quoi parlons-nous ? Ah, oui de l’intervention de Simone.

Elle s’adressait à la foule et, établissant un lien entre la Journée Internationale de la langue maternelle et la venue du Panier (Konguin ! Excusez le lapsus), elle a expliqué à son auditoire que la langue maternelle, est notre premier et dernier refuge pour affirmer notre souveraineté.   Est-ce que y’a photo entre Poupée Barbie et Ehivet Gbagbo ?  

Ce jour-là effectivement, le Panier était dans nos murs et nous allions les accueillir avec les mots appris auprès de nos mères. En attendant, le pays tout entier hurlait sa rage pour le coup de Jarnac  que les banques UMP avaient osé faire aux naïvoiriens. Comme s’ils ne nous avaient pas annoncé les voleurs déjà en décembre.   Alors,   c’est sur le Net que  je me suis mis pour écouter des grondements les plus tonitruants de la rue abidjanaise. Facebook ! Ah, à quoi ressemblait la vie quand tu étais dans le ventre de ta mère ?

Le Face, comme les jeunes l’appellent, était turgescent de toutes les haines contre les banques clienticides et pour rester dans la mouvance de la célébration de la langue maternelle, nous allons servir un cocktail explosif et même implosif du galimatias des hommes et femmes courroucés. Capitaine Haddock de Tintin, grand insulteur devant l’Eternel aurait-il mieux fait ? A vous de juger.

Dans tous les cas,  de la kyrielle des civilités destinées à ADO-Fermeur-de-banque, l’on en retiendra trois seulement en évitant toutes celles qui tutoient l’obscénité et la grossièreté. Sinon, l’on pourra toujours consulter le torrent des propos orduriers chargés sur Internet de l’électricité émotionnelle d’un peuple qui en a marre et qui comme le bon Docteur Vis-à-vis crie ‘’Miiieeeerde’’ !

 Les habitants de Facebookville, eux ne se censurent pas. Et ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère. On va se limiter à un échantillon de trois gentillesses expédiées à ADO pour lui dire akwaba après sa visite chez les tradipraticiens de Paris. Voici donc sélectionnés pour vous les perles du Net, récoltes après la fermeture des banques et le blocus sur l’exportation du cacao. Du Baygon dans l’air !

BEKPO TI SA KPO ! Ce compliment en langue baoulé a été régulièrement servi à celui  qui, après  avoir tenté en vain d’interdire la Saint Valentin dans notre pays a réussi à faire bloquer nos argents. Excusez le pluriel ! Un internaute choqué a hurlé son indignation dans une tournure bien de chez nous. C’est là-bas c’est arrivé ? Tu as enlevé tes mains dans les  caleçons, tu mets dans les poches hein ? BEKPO TI SA KPO ! Même  tous ceux dont les comptes sont au rouge, éternels accros de l’avance sur salaire, tout le monde s’est emparé de cette guillotine verbale et … KPO !

GNANMOGODENI ! Les facebookers en colère ont choisi d’insulter ADO dans sa propre langue. Quoiqu’ADO n’a pas une langue maternelle mais deux. Eh bien, c’est l’avantage de ceux qui ont deux mères. La toile vibrait de ce mot-massue qui vous laisse groggy quand on vous l’envoie en pleine figure. Si vous en voulez une traduction, écoutez le coxer de la gare d’Adjamé, quand il veut faire mal à un collaborateur véreux : ‘’BATTTARD !’’Ici le mot bâtard prend trois T.

VAKATRI ! A tous les amateurs de jolies femmes bété claires-claires… Le jour où cette fille de Gagnoa, en plus du tchrourrr national ajoutera à sa série d’outrages  l’intraduisible VAKATRI, vous êtes faits et la messe est dite. Quand le client de banques UMP retourne la situation dans tous les sens et que la puissance d’un RPG ne suffit pas, jetez un coup d’œil du côté de Gagnoa. Un seul mot est chargé de la puissance nucléaire qui fait exploser les foyers et qui peut faire mal aux fermeurs de banque ! VAKATRIIIIIII…

Zegou Seli

 

 

    

 

 

Publié dans FRANCAFRIQUE

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