VIVRE ENSEMBLE

Publié le par golfie.over-blog.com

CONTES et LEGENDES de GOLFIE                         par Zegou  Seli 

 

                                                            VIVRE ENSEMBLE

 

Ah la vie qui vous rattrape inexorablement ! On avait dit à l’époque «  Vivre Ensemble » pour trouver une parade à l’ivoirité et à l’exclusion et à tous les jolis mots dont se gargarisent  les journalistes et reporters qui viennent en tourisme sexuel à Abidjan. Aujourd’hui, ils sont tous là, baragnini, bramogo et boussoumani…par paquets putrides et pestilentiels.

Est ce qu’on y avait pensé ? Dans l’euphorie de la campagne électorale, ils sont venus pour soutenir le Parti. Eux ils nous soutiennent, nous on les soutra. Un billet par-ci, un tee-shirt par là. Ca coûte pas trop cher un militant tant que ça chante « Ado pissanci » et que ça retourne chez soi à Abobo ou Anyama ou je ne sais pas trop où ? Mais  quand ça vient habiter, cohabiter avec vous…Franchement !

Le peuple. Le peuple est le mot préféré des hommes politiques. Mais le peuple est surtout beau lors des bains de foule, devant les caméras quand dans l’hystérie collective ; on parle pour le peuple, quand  on danse avec le peuple, quand on serre les mains du peuple  ou de ces groupies hypnotisées…Mais quand le peuple décide de camper à l’Hôtel du Golf, dans vos narines et dans vos oreilles…

« Les moutons se promènent ensemble… »  dit l’adage. C’est le prix qui fait la différence. De hauts cadres du pays dont les CV feraient baver n’importe quel chasseur de tête…doivent côtoyer d’autres chasseurs bardés de leurs fatras d’amulettes de plumes et de peaux. Quel dozo aurait rêvé d’un long séjour dans un cinq étoiles même si la zone où ils sont parqués s’apparente plus à un camping qu’à autre chose ? De jeunes premiers du PDCI-RDR (autant les appeler comme ça) venus faire les yeux doux pour le futur gouvernement sont restés coincés au Golf, condamnés à appeler leurs amis et connaissances à leur faire transfert comme le disent les Abidjanais pour demander qu’on leur envoie du crédit sur leurs téléphones portables. Transfert parce que le Boss ne prend pas tout en charge. Surtout les dépenses imprévues. Ou bien il n’est plus économiste ?

La beauté d’Abidjan, c’est que vos moyens  financiers vous permettent de choisir vos voisins. En Golfie, c’est un luxe depuis que les chambres doivent être occupées à plusieurs comme des cellules de prison. A part  Prézi et l’impératrice blanche et le GolfNanan -excusez cette traduction approximative du poste de  Président du Haut Conseil Politique promis à Bédié-  à part donc le GolfNanan et la Reine Bomo, tout le monde se débrouille. Golf Hôtel, point focal des transactions onusiennes, point fécal pour plus d’un millier de bedaines RHDP : on commence  carrément à sentir les odeurs dont la vie des palaces avait protégé nos sybarites. Sueur, selles, saletés et souillures…Ce n’est plus sex, sea and sun.

Vivre ensemble ! Faut les voir se battre autour de la pitance qui sort des hélicos. Vivre à plusieurs milliers dans un endroit où l’on se plaisait à séjourner quelques heures et ensuite, on rentrait chez soi. Ah ! Home sweet home ! disent les Anglais. Faut les voir suspendre leurs guenilles sur des sèche- linge de fortune …Les voir bavarder dans leurs barbes hirsutes sous les arbres du jour où le Patron se souviendra qu’ils ont tenu avec lui le siège du Golf. Se souviendra-t-il ? Gueu et ses gueux peuvent toujours rêver. Le rêve est le sport national de la Golfie.

Ce n’est pas bien de le dire mais en réalité ici, il y a les uns et les autres. La fracture sociale n’a pas magiquement disparu au nom d’une communauté de souffrance. Les ministres tentent tant bien que mal de vivre comme de vrais ministres, toujours engoncés dans leurs trois pièces mohair grâce au service pressing assuré par les Nations Unies…Ah oui, la Communauté Internationale s’occupe de beaucoup de choses. De trop de choses même…Qu’est que voulez dans une république où le nombre des hommes est de dix fois supérieur au nombre des femmes ? Mais qu’est ce que vous croyez, il y a un système. Pour les VIP,  on l’appelle le service escorte et pour nous autres, c’est le service tchoin…C’est cela aussi vivre ensemble et les militantes prêtes à se donner corps et âmes sont nombreuses…N’est-ce pas Anne ?

Vivre ensemble devient pénible, pour vous dire la vérité. Notre copain chinois est chargé de le dire sur tous les toits .On va faire vibrer la fibre humanitaire. Pour la communication, on va insister sur le côté blocus. On va geindre, miauler, rugir, vagir, mugir comme des enfants gâtés- au sens français et au sens ivoirien- on va pleurnicher donc comme des enfants gâtés d’Houphouët -Boigny …Cabri Moikeusse ira à Dakar pour dire. Hambak en parlera à Paris. Soro  du Poro profitera de son séjour à Bamako pour faire du shopping, revoir nos consultants- appellation des marabouts en Golfie…La Trique Achi se rendra à New York pour relancer nos réseaux étatsuniens.

Hier une délégation de militants a souhaité rencontré Prézi pour lui parler de vive voix de ce qu’on ne lui dit pas. Nous ne voulons pas parler au Petit Impoli. On nous dit que ce n’est pas possible. Des gens parlent de choses qu’ils ont vues dans la chambre froide. Des amis ont carrément fui le Golf, en risquant leur vie. On dit que la brousse  qui entoure le coin est remplie de mercenaires libériens et angolais. Mais Madou a réussi à se faufiler et nous appelle chaque jour. Dites à Gbagbo de venir nous sauver…

 

 

 

 

 

 

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