YAOSEHI

Publié le par Zegou Seli

                                  YAOSEHI

 

YAOSEHI évoque à Abidjan un de ses bidonvilles miséreux que l’Administration avec sa langue de bois habituelle appelle « quartier précaire ». C’est même la capitale ouest-africaine de la précarité. Idem pour des fatras comme Petit Bouaké, Zimbabwé et Washington d’ici- tous des HLM (Habitation à loyer microscopique) sans oublier Mon Mari M’a Laissée. Eh oui, c’est bien le nom d’un quartier de Yopougon.  Interrogé sur l’origine de ce nom plus qu’explicite,  un expert local a précisé «  c’est quartier des femmes que leur mari leur za laissé ». Voilà qui est clair. Mon Mari M’a Laissé ou MMML ou mieux 3ML est la rencontre de toutes les abandonnées : épouses en rupture de ban, concubines virées ou amantes larguées. « Leur mari leur za laissé »

Et que dire de cette centaine de femmes qui habite depuis trois mois au Golf Hôtel…..de passe, coincées dans une prison qu’Amnesty et HRW ne veulent pas voir ? Leur mari ne leur za  pas laissé ? Ou encore ce millier d’hommes, on ne parle pas de soldats des FAF-HAINE peut-être sans femme. On parle des gens bien, respectés et respectables ici à Abidjan que leur tourisme politique à simplement transformé en touristes tout court  bloqués au réceptif hôtelier du Golf, incapables de sortir, incapables de passer un coup de fil.

Que les femmes soient recluses au Golf Hôtel …de passe ou qu’elles soient en ville, séparées de force de leurs époux, concubins, amants , dragueurs, pointeurs et petits pompiers, c’est la même chose. Leur mari leur za laissé et le compatissant bloggeur qui écrit ces lignes voudrait s’adresser au Gouverne- et-Ment touristique de Golfie, à l’occasion demain de la Journée Internationale de la Femme.

Anyé Sabari, laissez sortir les femmes. Laissez vos braves militants sortir de votre internat. Promis, juré, craché, ils reviendront après deux jours, continuer le noble combat commencé selon vous depuis 17 ans.

On ne le dit pas assez. La situation qui a créé une tumeur purulente sur le corps social ivoirien est proprement ridicule. Or le ridicule, accompagné des manifestants aux mains nues,  a commencé à tuer. (Traduction pour les novices de la langue golfienne : mains nues= mains nu…..isibles).

Papa était juste parti pour un meeting. C’est vrai que sous le couvert des longues réunions politiques, il en profitait pour dormir dans son deuxième bureau. Mais Papa n’est jamais resté dehors plus d’une nuit. Papa n’est pas un patron dans le  système PDCI-RDR. Juste un ingénieur qui  espérait secrètement que son dévouement pendant la campagne électorale lui aurait ouvert les portes de l’ascenseur social pour manger un peu. Car Papa s’était rendu compte que ses diplômes en management ne lui apporteraient rien. Le message que lui envoyaient les grosses cylindrées de ses petits copains de promotion entrés dans le cercle du Mentor était clair. Management non. Mangement oui. La lettre a faisait la différence. Et comme un joueur du scrabble de la vie, Papa voulait cette lettre A,  A  comme ADO.

Internet distribue à qui le veut l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre Papa et son épouse restée en ville et devenue malgré elle, une habitante de Mon- Mari -M’a- Laissé. Extraits pathétiques.

Papa : C’est difficile d’appeler ici.

Maman : Mais ton numéro, je ne réussis plus à te joindre !

Papa : Mais c’est compliqué ici. Là, je me suis caché pour te faire signe…

Maman : Les enfants sont malades. Je trouve l’argent où ?

Papa : Je te comprends….. Vois tes frères, tes oncles…

Maman : Mais les SORO, les ADO ils sortent !  Toi, tu ne peux pas sortir ?

Papa : Eux ce sont les boss… Nous nous sommes des petits. C’est compliqué…….

La conversation s’achève à voix très basse. Papa craignait d’être repéré par la garde prétorienne d’ADO, les FAF-HAINE dont le nom explicite le programme. Mais que l’on ne vous induise pas en erreur, ADO n’a aucun lien avec la rébellion. Des gens comme Papa sont des centaines comme ces mineurs coincés à des centaines de mètres dans le sous-sol au Chili. Comment on règle les problèmes de scolarité ? Comment on gère les questions de popote. Parce que ce Premier Ministre Aké N’gbo n’est pas spécialement gentil. Il a fait bloquer tous les comptes des fonctionnaires invisibles comme le merveilleux commando. Donc les salaires sont devenus invisibles. Comment  faire face aux factures visibles ? Anniversaires, Noel, fête de l’An, Saint Valentin sont passés. Sans Papa. Le papa de Papa a été enterré. Sans Papa. Maman n’a que 35 ans et toutes ses dents ! Est-ce qu’on peut faire ça à une jeune femme dans un Abidjan où maraudeurs et margouillats de foyer rôdent autour des délaissées. Un ex, un ancien tison des années lycée, a recommencé à venir rendre visite à Maman. C’est un LMP pur et dur mais qu’importe ! Comme dit le proverbe, on ne  trie pas l’eau pour éteindre le feu. Et depuis trois mois, ADO a mis le feu partout. Si vous voyez ce que je veux dire…

Abidjan s’est remplie d’un grand nombre de veuves postélectorales. Et comble du malheur, les banques ont fermé. Comme Madame a sa petite CIA qui lui fournit tous les dangereux sons, il parait que Monsieur, dans sa prison du Golf s’est attrapé une petite là –bas dans Golfe là ! Garçon ya son bon ?

Depuis lors, cette femme en compagnie d’autres maribataires victimes collatérales devenues elles aussi des veuves postélectorales s’appellent souvent et envisagent même de créer un collectif et de faire une marche. Pourquoi pas ? Gbagbo acceptera-t-il de les recevoir ? Après tout, les gens disent qu’il a bon cœur.

Donc Monsieur  a trouvé le moyen dans la  prison du Golf de s’amouracher de la petite animatrice wêrêwêrê que tout le monde connait. Or  il parait qu’elle est la propriété privée d’un gunther qui est là-bas aussi. Est -ce que chercheur de femmes a peur ? Monsieur s’est fait tabassé par la police privée d’ADO, enfermé dans leur chambre froide-morgue. Madame a envie de rire. Madame a envie de pleurer. Le portable sonne. Elle reconnait le numéro. C’est Bill, un  ancien copain de  fac. Madame sourit. La vie continue dans la  Côte d’Ivoire embargotée.

Mon -Mari -M’a- Laissé est entrain de devenir une triste réalité de la Golfie où la guerre des femmes et la guerre pour les femmes  est une délicate réalité, une question de sécurité nationale même si elles sont en nombre réduit.  Les boss ont leur harem. Gare à toi !Petit Nimprudent !  Les petits gars se débrouillent comme ils peuvent quand les hélicos de l’ONULLE font venir des …personne ne nous écoute ?...des sao ! Mais oui ! Qu’est ce que tu crois ?

Les « femmes que leur mari leur za laissé » deviennent nombreuses. Et pour ça, ADO n’a pas de solution. Pas de solution pour les habitantes du Golf Hotel-Yaosehi.

 

Zegou Seli   

  

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